Salut, de nouveau, Frédéric,
Au premier abord, la photo désarçonne: perte de repères, d'abord par rapport à tes dernières présentations et aussi par son contenu. Et puis l'esprit travaille et, par touches successives, l'image révèle sa richesse, ses qualités propres. Avec une économie de moyens redoutable, tu fais parler le paysage. Mais il en est exactement comme avec ce que l'on appelle l'écriture blanche - qui apparemment ne recherche pas les effets, vise à la sobriété, la neutralité les plus grandes -et qui n'a de blanc que l'appellation. Ton noir et blanc en dominantes blanches est hautement sophistiqué et travaillé avec art (redondance quand il s'agit de ce que tu présentes !) On est pris successivement par l'espace, le vide, le glissement vers la ligne fragile et grêle du rivage, prolongée par l'enfilade des bateaux qui mènent à leur tour aux orages lointains, mélange de paix angoissante et de violence contenue. Quelle admirable ligne de fuite du premier plan vers l'arrière-plan : tout pousse le regard vers les averses "punitives" (et symboliquement, de la sècheresse première à la surcharge liquide, comme si l'eau enlevée ici était restituée là-bas...)

De même toutes les variations de teinte et de texture soutiennent l'attention et apportent leur propre densité à la lecture: sables granuleux striés par les diagonales des traces étranges (rigoles de la mer en allée) ; miroir de l'eau étale aux reflets variés; ligne sombre à l'horizon; et enfin cotonnade des nuages...

Tu administres une fois de plus la preuve de ton coup d'œil exceptionnel ( on l'a ou on ne l'a pas! Certains ne l'auront jamais!) et de ta maîtrise technique qui te permet de tout tenter.

Alors, écriture blanche, photo blanche...Quelle blague!
Félicitation et merci d'apporter tant de plaisir à ceux qui aiment regarder les belles choses.