Alors Hop ! petite contribution, qui je l'espère apportera un point d'originalité aussi.
J'ai commencé la photo vers 12-13 ans avec mon père, en argentique évidemment, en photo animalière et nature (dure école ...). Vers mes 15 ans, mes conceptions personnelles et artistiques s'affirmant, je suis passé au noir & blanc exclusif, toujours argentique. J'ai toujours eu les mêmes boitiers: un Canon FTb avec 3 objos FD, un Pentax avec 2 objos Fujinon, un Rolleiflex 6x6 et un (pitoyable) Lubitel 6x6 lui aussi (ne riez pas !). En photo ce sont les plus belles années de ma vie. Au programme bien sûr: Ilford PAN F et KodaK Tri-X, of course ...
J'ai conservé ces boitiers, en les enrichissant d'objectifs et de flashs de qualités, quand j'ai commencé vers 18-19 ans à faire de la photo avec d'autres personnes: étudiants, modèles, artistes, musiciens, tatoueurs, perceurs, etc... O miracle de l'ouverture sur le monde extérieur. Ca vous change un homme. La TriX et la PAN F, elles, demeurent ...
Pour des raisons relatives à internet, j'ai pratiqué pas mal le développement de mes négatifs à la main, mais en les scannant avec un scanner de négatifs (machine inesthétique au possible, encombrante et impossible à caser sur une étagère), résultats tout à fait corrects au demeurant, tant qu'on reste à l'affichage écran (un antique 24 " CRT Viking, si si ...).
Je ne suis passé au numérique que depuis 3 mois... avec un EOS 30D. Imaginez le bond conceptuel, WHA, changement brutal de paradigme. Toutes les technologies déjà présentes sur les Reflex argentiques modernes, mais que j'ignorais: autofocus performant, mesures lumière, spots, collimateurs, etc ... + les avantages du numérique. La claque donc. Je maîtrise plutot bien mon boitier, et ce fut un achat longuement médité. Reste en revanche quelques soucis de gestion des profils ICC de mon workflow (cauchemar récurrent), et, c'est lié, des impressions douteuses (trop sombres, bleues, ou roses ...).
Je me suis mis par là même à la couleur, mais je m'y habitues difficilement, car mon regard est trop habitué du N&B. Le N&B numérique de mon 30D me semble jusqu'ici relativement satisfaisant, une fois que l'on maîtrise DxO, Toshop, et quelques scripts. Le gain de temps est phénoménale. Là où je pouvais passer des heures (parfois une nuit) au labo sur des bouts d'essai et des masquages, une photo retors, je fait le boulot en 2h sur mon PC, pour un résultat réellement de qualité (au vu de mes critères bien entendu, mais j'estime ne pas être un oeil "facile" à séduire, et plus vraiment débutant).
Par contre, et c'est incontestable, les numériques n'ont pas la latitude d'exposition des argentiques, à moins d'investir dans des objos au prix prohibitifs pour de meilleures ouvertures de diaph. Là, déception donc. Pour les conditions extrêmes de luminosité (basse) je garde mes films donc.
Toujours au chapitre des luminosités extrêmes: en très forte lumière (dunes, zénith, neige ...) je trouve que les résultats sont supérieurs (finesse, densité, captation de lumière ambiante, rayons) avec un film basse sensibilité comme le Ilford Pan F, ou même un 25 ASA, qu'avec un numérique.
Je parle là essentiellement du N&B, mon expérience de la couleur est insuffisante à ce jour je pense.
Un autre point dont personne n'a parlé:
J'utilise encore mes 2 boitiers argentiques 24x36 (bah oui le Lubitel faut pas exagérer non plus... et le Rolleiflex a pris du sable il y a longtemps) pour un cas spécifique, et pas des moindre: la photo de voyage !
J'ai la chance de pouvoir voyager pas mal, et je ne m'en prive pas. Mais je me vois mal trainer mon appareil numérique à 1200€ et des bananes dans la pluie, dans la boue, les bus miteux, la poussière, et aussi les zones pas trop sûres. Il est vrai que je ne recherche pas vraiment le confort ou les hotels quand je voyage, mais c'est un parti pris que d'être auprès des gens, et de la vie locale, fut-elle un peu rustique (Chine, Europe de l'Est). Et dans ces conditions, inutiles déjà d'attirer les convoitises avec un boitier comme le 30D; et que faire d'un numérique quand il n'y a pas d'électricité en prise secteur ? Au passage, je trouve que l'autonomie du 30D est exceptionnelle tout de même, avec sa batterie d'origine. Dans ces conditions, comment vidanger sa carte-mémoire ? A moins d'investir encore une fois dans des appareils onéreux. Et, à un barrage militaire malencontreux, préférez-vous perdre votre film en cours ou votre Compact Flash 2 Go ? Le choix est rapide tout de même !
J'utilise donc mes boitiers argentiques pour leur robustesse, leur autonomie et leur endurance, et l'absence de piles dedans (les chercheurs de noises parleront bien de la pile pour la cellule, mercure, cadmium je sais plus quoi, mais c'est chipoter là). Je sais pourtant qu'ils existent des solutions performantes pour les pros (dont je ne suis pas), mais inaccessibles à un étudiant attardé comme moi.
En voyage, j'envoie mes films terminés par colis en France, ou je les garde avec moi. Je ne suis pas un serial shooter, je ne fais pas des milliers de prises de vue. Certains particuliers atteignent les dizaines de milliers de shots en numérique. Proprement hallucinant...
Me voilà donc aujourd'hui à continuer le N&B en numérique, et je suis très content de mon 30D qui me permet un bien meilleur rendement quand je dois travailler avec des gens, et quand j'ai des comptes à rendre. Etant perpétuellement en retard, cela est un gain pour moi. Tout cela sans perte notable de qualité au final (surtout si c'est pas moi qui imprime hu hu ...). L'argentique demeure retranché, inexpugnable, dans les bastions de la photo de voyage et les luminosités extrêmes. A cela s'ajoute, suprême, la qualité artistique de l'émulsion chimique des films N&B ... Bien entendu. La magie ne s'éteint pas aussi facilement.
J'ai bon espoir de réparer un jour mon Rolleiflex... |